Encyclopé-LEeE / Référentialisation dans la recherche intervention

Référentialisation
Dans la recherche intervention

 


Dominique BROUSSAL, Lucie AUSSEL

Université de Toulouse Jean-Jaurès, UMR EFTS

Date de la version: 16.10.2020


L’approche de la référentialisation que nous présentons ici s’inscrit dans la perspective de recherches-interventions (cf. l’entrée « recherche-intervention de l’Encyclopé-LEeE) visant à accompagner le changement en éducation et formation. Cette démarche participative et à double visée heuristique et praxéologique nécessite pour commencer une bonne interconnaissance des différents partenaires de la RI (membres et non membre de l’équipe de recherche) et une entente commune à propos des finalités du projet, impliquant de s’assurer de se comprendre et de partager des valeurs communes (au-delà des seul·es décideur·ses, qui sont le plus souvent à l’initiative de la commande de la RI). La référentialisation s’avère donc être une étape indispensable pour co-construire des repères entre des professionnel·les de différents mondes amené·es à travailler ensemble le temps d’un partenariat (durée allant d’une à plusieurs année). Ici la référentialisation, que nous définisson infra, s’inscrit dans le cadre d’une enquête évaluative (Mayen, 2014) permettant de prendre progressivement les décisions liées à l’opérationnalisation de la RI (composition des instances – comité de pilotage et groupe de travail – choix du terrain spécifique à mobiliser, etc.). Il s’agit ainsi d’un moment suspendu permettant de créer un socle de stabilité, entre les partenaire de la RI, important avant d’envisager d’étudier et d’accompagner un contexte en mouverment(s)/ transformation(s)/ crise/ etc. Il pourra par exemple s’agir durant cette phase de diagnostic de prendre conscience de la situation en changement et des enjeux inhérents, de se connaître mutuellement, de décider de ce que l’on fait ensemble, pour quoi et pourquoi.

Dans ce cadre, il arrive que l’accompagnement demandé par le commanditaire concerne un dispositif de formation qu’il s’agit de co-construire en réponse à des besoins de l’organisation ou des praticien·nes. Le processus de référentialisation, tel qu’il a pu être défini par  Figari et Tourmen (2006) ou Figari et Remaud (2014), offre de ce point de vue une cohérence théorique, une pertinence méthodologique et une compatibilité à souligner avec les principes de la RI, notamment au regard de la dimension participative.

Prenant place à l’intérieur du tiers espace socio-scientifique et invitant les participant·es à s’engager dans une démarche d’enquête (Dewey, 2006), la référentialisation est conçue comme une « démarche qui consiste à entreprendre une recherche de références pertinentes pouvant expliquer la conception et l’évaluation d’un dispositif éducatif » (Figari, 1994, p.48). Il s’agit à la fois de modéliser l’objet à évaluer et l’activité d’évaluation elle-même. Un intérêt supplémentaire de la proposition consiste dans le protocole méthodologique qu’elle met à disposition des chercheur·ses-intervenant·es.

La modélisation du « programme-dispositif » (Figari & Tourmen, 2006) distingue ainsi les « Intrants » qui renvoient au contexte ainsi qu’aux finalités du dispositif, les « Construits » qui renvoient de leur côté aux processus qui se déploient au cœur du dispositif, et les « Produits » qui renvoient aux effets.

Quant à la modélisation du processus d’évaluation, elle peut être schématisée de la façon suivante (Figari & Remaud, 2014, p. 78):

Comme l’évoque Ariza (2020, p. 99), cette modélisation permet de conduire un travail de comparaison entre chacun des trois polarités selon les trois options suivantes :

  • « la comparaison entre les I (les finalités du dispositif) et les C (le processus mis en œuvre) permet d’évaluer la « pertinence » du dispositif ;
  • la comparaison entre les I (les finalités du dispositif) et les P (les effets du dispositif) permet d’évaluer la « rentabilité » du dispositif ;
  • la comparaison entre les C (le processus mis en œuvre) et les P (les effets du dispositif) permet d’évaluer l’ « efficacité » du processus et/ou de l’un de ces éléments (une méthode, un outil) ».

Conduite par le GTra (cf. entrée connexe « recherche-intervention), le processus de référentialisation peut emprunter cinq phases successives :

  • L’analyse du mandat,
  • La formulation de la problématique d’évaluation,
  • L’identification de la stratégie opportune par rapport à l’objet étudié,
  • L’identification des dimensions de l’objet étudié, détermination des référents, indicateurs et critères,
  • L’instrumentalisation et analyse des résultats.

Il est à noter que si le cadre général de la référentialisation constitue une ressource précieuse pour les chercheur·ses-intervenant·es qui souhaitent mettent en œuvre dans les GTra une démarche d’évaluation au service de la co-construction de dispositifs, elle n’est pas sans soulever un certain nombre de difficultés dans sa mise en œuvre, notamment en ce qui concerne la détermination des référents, indicateurs et critères et les modalités de comparaison (efficacité, pertinence, efficience). Elle nécessite une appropriation nécessaire à la fois sur les plans théoriques, méthodologiques et techniques avant d’être expérimentée dans les conditions d’une RI.

Références

  • Ariza, E. (2020). Une entreprise en changement : évaluation d'une recherche-intervention, déployée dans des services d’aide et d’accompagnement à domicile spécialisée dans l’autisme [Thèse de doctorat]. Université de Toulouse.
  • Dewey, J. (2006). Logique (La théorie de l'enquête). Presses Universitaires de France.
  • Figari, G. (1994). Évaluer: quel référentiel ? De Boeck.
  • Figari, G., & Tourmen, C. (2006). La référentialisation : une façon de modéliser l’évaluation de programme, entre théorie et pratique. Vers une comparaison des approches au Québec et en France. Mesure et évaluation en éducation, 29(3), 5-25.

 


Articles de La Revue LEeE se référant à cette entrée

  • Bertolino, I. (2022). Autonomie et hétéronomie dans l’évaluation des politiques publiques : le cas de l’évaluation du plan d’amélioration de la mixité sociale dans les collèges du département de la Haute-Garonne. La Revue LEeE, 4. https://doi.org/10.48325/rleee.004.06
  • Chauffriasse, C., & Aussel, L. (2022). Analyse d'une référentialisation dynamique au cœur d'une évaluation collaborative d'un système de formation : le cas d'une recherche-intervention au service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Garonne. La Revue LEeE, 4. https://doi.org/10.48325/rleee.004.03
  • Hédacq, P., & Broussal, D. (2021). La référentialisation et l'ingénierie de formation : le cas d'une Recherche-Intervention pour la sécurisation de la prise en charge médicamenteuse du patient. La Revue LEeE, 4. https://doi.org/10.48325/rleee.004.02

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